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Fiche du profil

Qualification
Poste
Product Manager
Métier
Product & gestion de projet
Secteur d'activité
Non renseigné non renseigné
Origine
Profil sourcé
Expérience
5-10 ans
Compétences
—
Identité et contact

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Localisation
Maroc
Source
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Curriculum vitae anonymisé
ND-CV-89969CDC

Product & gestion de projet

Maroc Identité et coordonnées communiquées par NextData

Le Maroc [nom]

Parus dans la collection L'Observatoire des sociétés:

Edification étatique et environnement culturel. Le personnel politico-administratif dans la Tunisie contemporaine. Asma Larif-Beatrix

Poétique des cafés. Monique Membrado

Paroles d'Arabie et d'Afrique. E. Weber, R. Gauthier

Les lieux du corps en Islam, T. Zannad Bouchrara

Femmes et hommes au Maghreb et en immigration. La frontière des genres en question. C. Lacoste-Dujardin, [information personnelle] Virolle

L'étatisme à la Française. Peut-on re-légitimer le « service public» ? France en Europe. Philippe Brachet

Recherches-Actions. · Sciences, · Développement, · Démocratie. · Khalid · El

Andaloussi

  • Service public et démocratie modernes aux niveaux local, national européen, mondial. Philippe Brachet

La mémoire collective des femmes de la Méditerranée dans l'émigration. Etude de cas: Naples et Tunis. G. Pecchinenda et T. Zannad Bouchrara

L'Homme en Islam :historicité et ouverture. N. Koribaa

  • Qui à peur de la culture. Une théorie [nom] de la culture. R. Chasle
  • La mémoire du temps. Maroc, pays de l'inachevé. L. Brouksy

Le futur du monde Arabe a t-il un avenir? A. Laroui

  • Les services publics en Europe. Pour une régulation démocratique. Sous la direction de Pierre Bauby, Henri Coing et Alain de Tolédo
  • Vieillir dans la dignité. Les immigrés Maghrébins vieillissants du centre ville de Marseille. Sous la direction de Nadia Bentaleb

Editions Publisud, 2008

Tous droits de reproduction et de traduction réservés

ISBN - [téléphone]

ISSN : 0993-6904

MINA KLEICHE DRAY

ROLAND WAAST

Le Maroc

[nom]

Préface de Omar Fassi-Fehri

Maquette intérieure et mise en pages: Atelier Christian Millet

Sommaire

À propos des auteurs · .

Préface

Omar Fassi-Fehri · .

PREMI~RE PARTIE

La démarche de l'évaluation

CHAPITRE 1 La Méthode

Roland Waast · ..

CHAPITRE2 Le rôle du ministère

Ilham Laaziz el Malti .

DEUXI~ME PARTIE

Cadrage de la recherche marocaine . · ..

CHAPITRE 3 Une Histoire du dispositif de recherche

Mina Kleiche Dray......... · . · .

CHAPITRE4 Le système de recherche marocain: précis d'organisation

Mina Kleiche Dray

CHAPITRES Bibliométrie fine. Méthode et résultats

Pier Luigi Rossi & Roland Waast

7

13

15

17

33

47

49

67

. · 89

L'enquête électronique comme contribution à l'évaluation

CHAPITRE6

des systèmes nationaux de recherche: le cas des laboratoires de recherche au Maroc

Anne-[information personnelle] & Jacques Gaillard..

TROI5~ME PARTIE

Diagnostics d'experts ..

CHAPITRE 7 Mathématiques

Expert Claude Labry ...

CHAPITRE 8 Physique

Expert Yves Farge

CHAPITRE 9 Chimie et chimie des substances naturelles

Experts Guy Ourisson & Thierry Sevenet · .

119

145

147

159

171

6 · [nom]

CHAPITRE 10 Géosciences (sciences de la Terre)

Experts Michel Steinberg et Jacques Girardeau

CHAPITRE 11 Agronomie, agriculture, forêts

Experts Daniel Richard-Mollard, Jacques Gaillard, François Le Tacon, Trevor John Perfect

CHAPITRE 12 Sols

Expert Alain Ruellan . . . . . . . . . . P . . . . . P · .

CHAPITRE 13 Hydrologie et traitement des eaux

Expert Dieter Prinz · .

CHAPITRE 14 Biomédecine et Santé

Expert Anne-[information personnelle] Moulin .....

CHAPITRE 15 Sciences de la mer et aquaculture

Expert Marcelo de Sousa Vasconcelos · .

CHAPITRE 16 Mécanique et génie mécanique

Expert Claude Conti .. · . · P.

CHAPITRE 17 Énergie

Expert Yves Farge

CHAPITRE 18 Sciences et technologies de l'information et de la communication

Expert Jean-Pierre Tubach · .

QUATRI~ME PARTIE

Synthèse et suites.

CHAPITRE 19 Synthèse de l'évaluation

Roland Waast .. · .

P · .

CHAPITRE20 Leçons et suites

Ahmed El Hattab et Said Belcadi · .

CHAPITRE 21 Sources et bibliographie

Mina Kleiche Dray .....

p · ••

181

197

211

215

223

235

249

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265

275

277

295

311

À propos des auteurs

Les éditeurs

Mina Kleiche Dray

Biochimiste. Historienne des sciences. Chargée de recherches à l'IRD. Mina

Kleiche a résidé au Maroc de 1995 à 2004. Elle y a conduit plusieurs enquêtes sur l'histoire de l'agronomie (théories et doctrines) et sur celle des agronomes

(choix d'action, controverses et rôle social). Elle a également étudié, dans l'ac-tualité, la population des diplômés chômeurs, et l'activité des sciences sociales francophones. Elle a écrit sur ces thèmes articles et ouvrages. Mina Kleiche a dirigé sur le terrain le Projet européen d'évaluation du système marocain de recherche. Elle a contribué de façon décisive à sa réalisation (accompagnement des experts, histoire et description du dispositif de recherche, observation et analyse institutionnelle). Elle est l'auteur d'articles sur ces thèmes, et (avec

S. Belcadi) d'une contribution importante à l'Initiative Développement humain du cinquantenaire. Elle poursuit actuellement sa carrière au Mexique, avec des travaux sur l'histoire de la Chimie. Mèl. : Mina. [e-mail]

Roland Waast

Ingénieur de l'École polytechnique (France) et sociologue. Roland Waast est directeur de recherche émérite à l'Institut de recherche pour le développement

(IRD, France). Il y a fondé l'équipe de recherche traitant de « Sciences, tech-niques et développement ». 11 a aussi fondé sur le même thème le réseau inter-national ALFONSO, et la revue Science, Technology and Society, qu'il codirige.

Il a publié six ouvrages et de nombreux articles, en sociologie rurale, en économie de la santé, et depuis trente ans en sociologie des sciences. Il a notamment dirigé la série d'ouvrages « les Sciences hors d'Occident au xx e siècle », et coédité, avec Jacques Gaillard et V.V. Krishna, le livre Scientific Communities in the Developing

World. Concepteur du Projet d'Évaluation européenne du système de recherche au Maroc, il l'a dirigé et y a largement contribué en pratique. Mail :

[e-mail]

Les autres Auteurs

Jacques Gaillard

Ingénieur agronome et docteur en Science, Technologie et Société (STS). Il est membre de l'UR Savoirs et Développement à l'IRD. Il a occupé des fonctions de haute responsabilité à la Fondation internationale pour la Science (IFS, Stockholm) et récemment à l'Agence internationale de l'énergie atomique (IAEA, Vienne). Spécialiste des politiques de science et plus particulièrement de la profession de chercheur et de l'émergence des communautés [nom] natio-nales dans le monde en développement, il a écrit de très nombreux articles et

8 · Le Maroc [nom]

ouvrages. Il a participé à l'évaluation du système de recherche au Maroc en tant qu'expert du domaine agronomie et forêts et il a co-réalisé avec Anne-[information personnelle]

Gaillard l'enquête questionnaire électronique qui a livré une connaissance inédite des laboratoires Marocains.

Anne [information personnelle] Gaillard

Docteur en anthropologie sociale. Spécialiste du retour des réfugiés dans leur pays d'origine, elle travaille depuis une dizaine d'années sur la mobilité des personnes hautement qualifiées et sur les migrations [nom] internatio-nales. Elleest l'auteur de nombreux articles et de plusieurs ouvrages. Elle a dirigé et co-réalisé avec Jacques Gaillard l'enquête questionnaire électronique, qui a livré une connaissance inédite des laboratoires Marocains.

Pier Luigi Rossi

Ingénieur à l'IRD. Géologue, informaticien et spécialiste de la documentation.

Pl., Rossi a mis au point les approches méthodologiques concernant la biblio-métrie, permettant d'analyser finement les points forts et la dynamique de la recherche marocaine. P.L. Rossi a récemment développé ces approches en les appliquant à l'ensemble des pays du sud de la Méditerranée (projet européen

ESTIME). À l'IRD, il gère également les projets de numérisation de documents

[nom] sur grande échelle.

Ilham Laaziz el Malti

Ingénieur de l'École Mohammadia, docteur d'État en chimie, professeur. Elle était en 2003 chef de la division du développement technologique au ministère de l'Enseignement supérieur (2003). Elle est aujourd'hui directrice du Programme de généralisation des technologies de l'information et de la commu-nication (GENIE), au ministère marocain de l'Éducation nationale.

Said BeIcadi

Docteur en sciences physiques (université de Grenoble). Professeur (université

Mohammed V, Rabat), directeur de l'École des Mines de Rabat (1990-1994), puis directeur de la Recherche et de la Coopération au ministère de l'Enseignement supérieur. Il est actuellement directeur du CNRST (Centre national de la recherche [nom] et technique).

Ahmed El Hattab

Professeur, actuellement directeur de la Science au ministère de l'Éducation nationale.

Les experts

MÉDECINE ET SANTÉ Dr Anne-[information personnelle] Moulin

Directeur de recherches au CNRS (France). Ancienne élève de l'École normale supérieure. Docteur d'État en philosophie. Diplômes de biochimie, parasito-logie, immunologie. Docteur en médecine, interne des Hôpitaux. Professeur associé à l'université de Genève. A.-M. Moulin a dirigé un département à l'IRD.

Elle est couramment appelée en expertise (Afrique, pays arabes), publie inten-

À propos des auteurs

sément, reçoit de multiples invitations (Europe, États-Unis: Berlin, Boston, Harvard, MIT, John Hopkins).

MATHÉMATIQUES Claude Lobry

Docteur d'État. Professeur à l'université de Nice. En détachement à l'INRA, puis à l'INRIA. Recherches en dynamique et modélisation des systèmes naturels et artificiels. Nombreuses responsabilités universitaires (commissions; comités d'experts), animation et gestion de la recherche. Professeur et conférencier invité à travers l'Europe. C. Lobry a dirigé le CIMPA, association sous label Unesco, dont la mission est d'aider les pays du Sud à développer la recherche en mathé-matiques. Il est l'auteur du livre: La recherche mathématique en Afrique: une nécessité pour le développement.

PHYSIQUE, ÉNERGIE Yves Farge

Conseiller en recherche-développement et technologie. Précédemment: direc-teur de recherches au CNRS. Spécialiste en optique, matériaux, rayonnement synchrotron. Inspirateur et directeur de très grands équipements (LURE à Orsay;

ERSF de Grenoble). Créateur et directeur de la Mission S & T au ministère de la Recherche. Puis directeur de la Recherche et du Développement du groupe industriel Pechiney (1984-1998). Président de l'IRDAC) européen; et de plusieurs conseils [nom] (dont ceux en France de l'Ademe, du CSTB 2 , de l'université et du Polytechnicum de Marne-la-Vallée). Docteur d'État en physique. Membre de l'Académie française de Technologie.

CHIMIE Guy Ourisson

Ancien élève de l'École normale supérieure; Ph D (Harvard), docteur d'État.

Président et cofondateur de l'université Louis- Pasteur de Strasbourg, directeur de son Institut de Chimie. Guy Ourisson entretient des relations étroites et régu-lières avec l'industrie. Il a été directeur de la recherche et des enseignements supérieurs en France; rapporteur ou président d'importants comités européens;

chargé de nombreuses missions d'orientation, de conseil et d'évaluation [nom], pour l'Europe et ses États membres. Il porte un intérêt soutenu aux recherches dans les pays en développement. Savant renommé, il est actif dans les associations savantes internationales (IUPAC), et dans les grandes revues;

il est membre élu de plusieurs académies des sciences (y compris Inde et Chine), et de l'Académie française des sciences, dont il a été président.

GÉOSCIENCES Jacques Girardeau

Docteur d'État. Professeur. Président du conseil [nom] de l'université de Nantes. Directeur du laboratoire de planétologie et de géodynamique. Vice-président de la Société française de géologie. Auteur de très nombreux articles.

Vaste expérience de terrain sur plusieurs continents (Afrique, Europe, Pays

Arabes) ; campagnes océanographiques internationales.

  • Industrial R & D Advisory Committee to the European Commission.
  • Ademe : Agence pour l'Environnement et la Maîtrise de l'Énergie, CSTB : Centre tech- nique du Bâtiment.

10 · Le Marocscientitioue

GÉOSCIENCES Michel Steinberg

Docteur d'état. Professeur émérite, co fondateur et ancien doyen de la faculté d'Orsay, puis vice-président de l'université Paris 11. M. Steinberg a été membre de commissions nationales d'évaluation (CNRS, universités), chargé de missions au ministère de la Recherche, président de la Société géologique de France. Il a réalisé d'importantes recherches personnelles, écrit des ouvrages d'enseignement, et formé de nombreux chercheurs, français ou étrangers (Machreq, Amérique latine).

SCIENCES ET TECHNIQUES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

Jean-Pierre Tubach

Ingénieur de l'École des Mines (Paris) et docteur d'État. Chercheur au CNRS, puis chez IBM. Professeur à l'École nationale supérieure des télécommunica-tions de Paris, dont il dirige la recherche. Large expérience de la recherche sur contrats (notamment européens) et de la recherche industrielle. Nombreuses responsabilités nationales et internationales (prospective, gestion de grands programmes et réseaux). Membre actif de la communauté de spécialistes euro-péenne, qu'il a contribué à forger (associations, revues, comités techniques).

MÉCANIQUE ET GÉNIE MÉCANIQUE Calogero Conti

Ingénieur métallurgiste et docteur ès sciences appliquées. Professeur et chef du service de Mécanique rationnelle à la Faculté Polytechnique de Mons (Belgique).

Ancien doyen et responsable Qualité de l'enseignement. Activité éditoriale.

Représentant national dans plusieurs comités [nom] européens (trans-ports, génie mécanique). Publications, récompenses, partenariats industriels et brevets (mis en application). Membre de l'Académie royale de Belgique.

EAU Dieter Prinz

Ingénieur horticole et docteur (Ph D) en sciences agricoles. Full Professor, Univ.

of Karlsruhe (Germany). Directeur (génie rural) à l'Institute ofWater Resources

Management. Membre actif ou dirigeant de sept sociétés savantes, éditeur de journaux [nom] Très nombreuses publications. Expert et consultant international (Unesco, CE, FAO, Banque mondiale, gouvernements). Vaste expé-rience sur tous les continents (Afrique orientale, Machreq, Amérique latine, Asie de l'Est et du Sud-Est).

SOLS Alain RueUan

Professeur émérite. Ingénieur en agriculture. Docteur d'État. Ancien directeur général de l'Orstom, du CNEARC, du Programme Environnement du CNRS.

Longue expérience de recherches au Maroc, puis au Sénégal et au Brésil. Quatre cents publications, notes et rapports. Ancien président de l'AISSpuis de l'UISS

(Association et Union internationales en sciences du sol). Expertise et missions dans 45 pays. Intérêt pour la didactique des sciences. Intense activité associa-tive. Membre de l'Académie des sciences d'Outre-Mer. Nombreuses distinctions.

SCIENCES AGRICOLES Daniel Richard-Molard

Ingénieur agronome (INA Paris). Directeur de recherches et chef de départe-ment à l'INRA (transformation des produits végétaux). Directeur adjoint du

À propos des auteurs

département de bio-ingénierie (ministère français de la Recherche: direction de la Technologie). Membre de conseils [nom] et de sociétés savantes, en France et aux États-Unis. Cent cinquante publications et communications

(microbiologie, fermentation; qualité agro-industrielle).

SCIENCES AGRICOLES François Le Tacon

Ingénieur en agriculture et docteur d'État. Directeur de recherches à l'INRA

(France). Deux cent cinquante publications et communications (foresterie, mycorhize; environnement). Nombreuses directions de thèse. Responsabilités éditoriales. Membre de conseils [nom] et comités de sélection (Fondation internationale pour la science, universités scandinaves). Responsable de contrats européens. Conseil et expertises internationales (notamment Europe, Chine, Mongolie).

SCIENCES AGRICOLES Trevor John Perfect

Ancien responsable à l'ODA 3 (protection des cultures, puis recherche en sciences et techniques agricoles). À partir de 1996, responsable des contrats européens et professeur associé à l'université de Greenwich. Longue expérience de terrain au Nigeria et aux Philippines. Missions d'évaluation, de planification et de conseil en Europe, Afrique et dans le Golfe. Consultant international. Implication dans la conception des politiques. Compétence en matière de financement. Maîtrise du suivi et de l'évaluation. Membre ou président de comités d'experts européens.

Cinquante ouvrages ou publications arbitrées.

SCIENCES AGRICOLES Jacques Gaillard

Voir la section « auteurs».

SCIENCES DE LA MER Marcelo de Sousa Vasconcelos

Président de l'IPIMAR (Instituto de lnvestigaçâo das Pescas e do Mar, Lisboa).

Ancien secrétaire d'État pour la Pêche (ministère portugais de la Mer: 1995-

1998). Diplômé des facultés de Lisbonne et de Lowestoft (UK). Créateur et direc-teur de laboratoires de recherche (biologie, océanographie, halieutique) en Angola, puis au Portugal. Vaste crédit [nom] et longue expérience poli-tique et pratique. Délégué national du Portugal auprès de l'Unesco, de l'OCDE, de la FAO; négociateur auprès de la Communauté européenne (Pêches) et des Nations unies (Environnement). Conseiller [nom] et consultant spécial de la Commission européenne. Représentant du Portugal en différentes confé-rences diplomatiques. Consultant international.

SUBSTANCES NATURELLES Thierry Sevenet

Directeur de recherches au CNRS. Docteur d'État. Publications importantes concernant la chimie des substances naturelles. Relations constantes avec l'industrie du domaine. Nombreuses responsabilités [nom] Encadrement de thèses. Intérêt soutenu pour les pays en développement. Conseiller de la Fondation internationale pour la science.

  • ODA = Oversesas Development of Agriculture, agence britannique de la coopération agricole.

Préface

OMAR FASSI-FEHRI *

Fin juin 1999, en ma qualité de Secrétaire d'État chargé de la recherche [nom]

je prenais contact à Bruxelles avec la DG XII, la direction en charge de la recherche

[nom] au sein de rUE. Considérant la richesse de nos échanges économiques et culturels, et l'héritage historique commun, nous nous sommes adressés à la Commission européenne pour l'inviter à réaliser une opération d'évaluation du système de la recherche [nom] marocaine dans les domaines des sciences exactes, science de la vie et sciences de l'ingénieur; si pareille opération était d'abord à but [nom], elle visait aussi à mieux connaître et faire connaître le potentiel

[nom] national; elle permettait par ailleurs de renforcer les relations Maroco-européennes, en particulier en ouvrant la voie à la signature en juillet 2003 d'un accord de coopération [nom] et technique entre le Royaume du Maroc et l'Union européenne.

La Commission européenne, pour répondre à notre demande concernant l'éva-luation de notre système [nom] a fait appel à l'équipe « Sciences, Technique et Société» animée par M. Roland Waast, de l'IRD (Institut de recherche pour le déve-loppement) pour organiser et réaliser l'ensemble de l'opération.

Cet exercice difficile, nous l'avons voulu rigoureux et impartial. L'évaluation s'est effectuée en trois étapes: la réalisation d'un état des lieux, l'évaluation in situ, par une vingtaine d'experts européens, et la restitution, dans le cadre d'un Atelier national de grande ampleur, tenu les 26 et 27 mai 2003 à Rabat sous le Haut

Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. L'ouvrage ici présenté rend compte de tout ce travail.

L'opération, qui a duré un an et demi, s'est déroulée en 2002 et 2003. Sa méthode fait aujourd'huifigure de modèle.

Ilham Laaziz, qui y participa de près, décrit l'interaction constante entre l'auto-rité chargée de la recherche, les établissements et les évaluateurs. Ce processus a permis de préparer le terrain, de rendre à tous moments l'évaluation acceptable, et de faciliter le travail des experts. Cette forte interaction a aussi contribué au succès de l'Atelier national de la recherche marocaine, organisé en deux jours de débats auxquels ont participé près de trois cents chercheurs, et au cours desquels les diffé-

(0) Le professeur Omar Fassi-Fehri est secrétaire perpétuel de l'Académie Hassan II des sciences et techniques. De 1998 à 2002, il est secrétaire d'État, chargé de la recherche

[nom]; de 2002 à 2004, il est ministre délégué, chargé de la recherche [nom]

14 · Le Marocsciemiiique

rents intéressés (tutelles, producteurs et utilisateurs) sont venus échanger avec les experts sur leurs rapports, disponibles en version intégrale.

Le cadrage de la recherche marocaine dans les domaines retenus a été réalisé par différents moyens. Mina Kleiche Dray (coordinatrice IRD au Maroc) en a fait l'historique (son étude démarre à partir du début du xxe siècle), et caractérisé l'hé-ritage. Elle a établi un précis de son organisation présente. P.L.Rossiet Roland Waast

(chef de projet) ont cartographié finement la production, par ville et par institu-tion, dans 100 domaines de science et d'ingénierie. Ils ont mesuré en ce qui concerne la production [nom] la bonne place du Maroc (alors troisième sur le conti-nent Africain), mis les points forts en évidence, et pointé des faiblesses. Jacques et Anne-[information personnelle] Gaillard ont adressé un questionnaire à tous les collectifs de recherche:

avec un bon taux de réponses, celui-ci renseigne utilement sur leur composition, leurs collaborations, les moyens à leur disposition et leurs difficultés. La méthode, et les résultats précis (précédemment peu connus) restent d'actualité.

La partie suivante de l'ouvrage est peut être la plus suggestive. Elle résume les rapports des experts. Ceux-ci (une vingtaine en tout, européens) avaient été choisis pour leur compétence (académique et appliquée), leur expérience (gestion, anima-tion, évaluation), leur notoriété internationale et le fait qu'ils n'étaient en rien partie prenante de coopérations en cours avec le Maroc. Après avoir visité sur place un nombre important de laboratoires, chacun, dans son domaine, a caractérisé leurs atouts et leurs handicaps; mais aussi les aspirations, les interrogations et les projets des chercheurs, rencontrés lors des réunions organisées sur site.

L'un des apports les plus importants est l'analyse de l'intérêt des sujets traités, de leur pertinence ([nom] et socio-éconornique) au regard de l'état des sciences et des enjeux technologiques actuels et prochains dans le monde. Il s'agit de diag-nostics et de recommandations par disciplines, suggérant les bonnes raisons de faire de la recherche au Maroc, et les niches anticipatrices qui peuvent y être déve-loppées en Mathématiques, Physique, Chimie, Géosciences, Agriculture, Médecine et santé, Sciences de la mer, Substances naturelles, Eaux et sols, Génie mécanique, Énergie, et STIe.

L'ouvrage se termine par la synthèse de l'évaluation; et par l'analyse a posteriori de cette opération par des responsables actuellement en charge (A. El Hattab et S. Belcadi) : ils exposent les leçons tirées par le ministère, et les suites qui y ont été données.

Ce livre vient à point au Maroc. On s'y pose plus que jamais la question de la place et de l'utilité de la science. De réels efforts de financement et d'équipement ont été récemment réalisés. Mais il ne s'agit pas seulement de moyens à mobiliser.

Il s'agit aussi de structuration, de lien à la société, de motivation et de ressources humaines; et finalement, d'imagination, dans le choix de niches pertinentes et anti-cipatrices. C'est une préoccupation constante de l'Académie Hassan Il des Sciences et des Techniques, dont l'une des missions est de contribuer à la définition des orientations générales fondamentales du développement [nom] et technique du pays.

PREMI~RE PARTIE

La démarche

de l'évaluation

CHAPITRE 1

La Méthode

ROLAND WAAST

L'évaluation d'un «système» national de recherche est une opération auda-cieuse et rare. Elle ne se pratique qu'exceptionnellement (au mieux tous les 10 ou 15 ans). Elle se prête à la relance d'une politique [nom] Mais elle comporte des risques d'échec. Elle peut tourner à l'établissement d'un cahier de doléances stérile, ou ne susciter que désintérêt. Elle peut à l'inverse donner crédit à la recherche, et favoriser l'accord sur des choix stratégiques.

Pour décider pareille opération, il faut un contexte particulier et la ferme volonté des autorités. En 1998, un Secrétariat d'État à la recherche était créé pour la première fois au Maroc. C'est lui qui a voulu une évaluation du poten-tiel du pays 1 ; et souhaité un audit totalement externe 2. La Commission euro-péenne (DG Recherche), en préalable à la signature d'accords bilatéraux de coopération [nom], décida de soutenir l'opération. Un organisateur qualifié fut choisi, externe lui aussi 3.

Responsable du projet, j'expose ici la méthode suivie.

  • les objectifs

Il faut d'abord préciser ce que n'estpas l'évaluation du « système» de recherche.

Ce n'est pas l'évaluation des chercheurs individuels; ni celle des laboratoires ou des établissements. Cette tâche, régulière, doit revenir à des institutions ad hoc: Commissions de pairs et Conseils nationaux.

C'est par contre un effort pour mesurer le potentiel [nom], pour le qualifier par lieux et par disciplines, et pour identifier les handicaps qui l'em-pêchent de produire de son mieux.

Ces handicaps peuvent être de tous ordres. Ils peuvent relever du statut professionnel des chercheurs, de leur formation, de leur style de science, de leur isolement (des fronts [nom] pionniers ou des demandes de la société). Ils peuvent tenir à l'insuffisance ou à l'inadéquate organisation des moyens (équipement, accès à la littérature, gestion des crédits). Ils peuvent

  • Hors sciences humaines et sociales. C'est tout le champ des sciences exactes, sciences de la vie et sciences de l'ingénieur qui a été couvert (voir 3e partie: diagnostics d'experts).
  • Opération analogue à celle naguère engagée par le Portugal, qui avait servi la cause et la gestion de la recherche en ce pays lors de son entrée dans l'Union.
  • Groupe de recherche Science Technologie Développement, !RD. Paris.

18 · Ladémarche de ïévaluation

ressortir de problèmes plus profonds (place et perception de la recherche dans la société). L'évaluation peut ainsi conduire à mettre en question aussi bien le monde de la recherche (les postures épistémologiques, le management, les visions contradictoires de la mission) que son extérieur (incommunicabilité entre «mondes» aux logiques opposées).

L'objectif n'est pas de dénoncer des «manques », mais de donner publicité à la recherche; d'éveiller un mouvement d'intérêt, partagé par un grand nombre d'acteurs différents; de susciter l'auto analyse, la réflexion sur de bonnes raisons de développer l'activité [nom]; de conduire à s'entendre sur un diagnostic, des perspectives, peut être un plan d'action.

Dans le meilleur cas, on pourra dire qu'il s'agit d'une « intervention socio-logique », sur le milieu de la recherche et alentour. La visée est de conduire les acteurs à sortir de leurs retranchements, à établir entre eux une relation plus confiante, à remettre à vifles impératifs de pertinence et de performance, trop souvent enfouis dans des discours convenus et auto justificatifs.

Bien entendu, cet objectif ambitieux ne sera pas toujours atteint. Du moins devrait on disposer en fin d'exercice de documents crédibles, robustes, instru-ments d'une bonne connaissance de soi et susceptibles de servir de support à la discussion large entre partenaires de bonne foi.

  • La méthode

Il n'est pas de recette pour réussir une telle opération. L'évaluation du système de recherche s'effectue «sur mesure».

Elle veut établir un état des lieux dont la topographie ne soit pas plate, mais fasse ressortir les reliefs, et les forces qui les modèlent.

Elle suppose une authentique sensibilité aux intérêts, aux valeurs et aux raisons contradictoires qui animent les acteurs.

Elle cherche à apprécier les résultats, mais aussi à saisir leurs conditions de production. Elle doit faire intervenir, sur le terrain même, des [nom]

confirmés.

Quelques principes de méthode sont règles d'or:

  • l'évaluation doit établir une distance ...
  • ... et en même temps une confiance avec toutes les parties impliquées;
  • l'évaluation vaut par le face à face in situ, entre évalués et évaluateurs;
  • l'évaluation est le fait de professionnels, qui doivent faire respecter leur tech- nicité.

Insistons sur ces quelques points.

2.1. La distance

Pour être crédible, l'évaluation doit être visiblement indépendante des comman-ditaires comme des évalués.

Au cas présent, le ministère marocain de la Recherche avait fait un pari auda-cieux, en choisissant de ne demander rapport qu'à des experts étrangers. D'une

La méthode · 19

part parce que le choix des intervenants lui échappait (il le validait; mais il a été fait par l'opérateur; le Maroc a par contre désigné ses propres experts, chargés d'accompagner les missions de terrain). D'autre part parce que la communauté [nom] marocaine est étoffée, et qu'elle comporte des figures éminentes, à qui la tâche aurait pu être confiée. Le choix d'étrangers pouvait choquer, même s'il permettait de contourner toutes rivalités internes. Ce choix

(ce risque) a été vigoureusement justifié par le ministre, lors de l'Atelier national de la recherche qui a conclu l'opération. Il s'agissait de donner lisibilité et visi-bilité internationale à la recherche marocaine, et de la labelliser - comme seules des instances extérieures peuvent le faire.

Rien évidemment n'aurait pu se réaliser au Maroc, sans le soutien et la volonté des autorités du pays. Il était donc indispensable pour l'opérateur d'être à l'écoute très proche de leurs opinions, de leurs raisons, de leurs intentions.

Toutefois, l'équipe des opérateurs a su défendre sa technique et son champ d'action. Ce fut l'objet de discussions, et de négociations au besoin. Mais il importait qu'il soit pour tous évident que cette équipe intervenait de façon neutre, en mission d'information et non comme le bras armé d'une quelconque tutelle. Dans le cadre d'un comité de pilotage actif, et face à un ministre lui même attentif, chaque étape a donné lieu à un franc débat (le choix des experts, celui des sites à visiter 4, l'ampleur de la restitution ... ). Le déroulement des opérations a fait l'objet d'un suivi pas à pas. Mais sous condition que l'infor-mation soit faite et l'action débattue au préalable, l'investigation a pu « s'auto saisir» de tous les lieux qui semblaient techniquement indiqués (y compris établissements privés), et nulle censure ne lui a été opposée.

Au contraire, le ministère de la Recherche a fait avaliser l'opération par le Conseil interministériel de la recherche, dont il assure le secrétariat perma-nent : ce qui ouvrait les portes de tous les établissements publics quelle qu'en soit la tutelle. Il s'est activement chargé de l'information officielle couvrant chaque action décidée. Avec courage et sérénité, il a lui-même défendu « l'in-dépendance des experts », lors des controverses, rares mais inévitables, remon-tées du terrain où les questions et la parole des évaluateurs ne confortaient pas toujours les dogmes et les hiérarchies. Bref, à condition de discussions appro-fondies, notre équipe a disposé de la plus grande liberté d'agir, et pouvait exciper de son indépendance.

Symétriquement, la distance était à maintenir avec les « enquêtés ». Elle l'était d'abord par construction. De parti pris, l'évaluation a été partiellement réalisée par des moyens indirects: enquête historique, questionnaire aux laboratoires, bibliométrie. Mais le cœur de l'opération consistait dans la visite de sites par un panel d'experts étrangers (une vingtaine, européens) qui, pour être haute-

4 Point sensible sur le terrain: pourquoi suis-je évalué, et pas d'autres? Il fallait justifier de critères «objectifs », et la bibliométrie y a bien servi. Sur ces négociations, voir chapitre sur « Le rôle du ministère ».

20 · Ladémarche del'évaluation

ment compétents, avaient aussi été choisis pour n'avoir aucun intérêt dans une quelconque action de recherche locale (fût ce par le biais de coopérations).

Ces experts se sont évidemment confrontés face à face avec les chercheurs de base. Ils ont été tantôt pris à partie sur leur raison d'être, et tantôt sommés de transmettre des doléances. Ils ont été sollicités de fraterniser avec les équipes rencontrées, ou/et de leur prodiguer leurs conseils. Ils ont fait l'objet

(rarement) d'un boycott, et plus souvent de stratégies de séduction. Je crois

(et c'est l'effet de leur choix, longuement mûri) qu'ils ont su faire preuve de sang froid et de discernement: montrant qu'ils n'étaient dupes de rien, mais sans arrogance; se passionnant pour les sujets traités, les questions d'organi-sation, les prospectives esquissées, mais se refusant à jouer les maîtres à penser; émettant au besoin critiques ou réserves face à face, mais sans dénoncer quiconque en leurs rapports, ni rien écrire qui n'ait été publique-ment dit. La distance ainsi établie a été sensible sur place, évacuant la déma-gogie et renforçant la crédibilité des visiteurs.

J'ajoute, pour mémoire, que l'opérateur n'a pas montré moins d'indépen-dance vis-à-vis de la Commission européenne. Une fois le contrat signé, préci-sant le plan de travail, il a rendu compte tous les trimestres de l'avancement des opérations. Mais il n'a reçu aucune pression pour adopter une procédure plus qu'une autre, pour choisir un expert, pour euphémiser les résultats.

2.2. La confiance

Si l'évaluateur doit éviter le piège d'être trop proche des parties prenantes (on le soupçonnerait de plaidoyers pro domo), l'établissement d'une authentique confiance n'est pas moins nécessaire. Cette confiance est à mériter, auprès de tous les acteurs.

En premier lieu, l'opérateur doit faire preuve d'entière loyauté aux comman-ditaires. Cela suppose que toute procédure soit négociée en détail; et qu'une fois arrêtée, elle ne soit ni contournée ni remise en cause. Cela suppose aussi que les experts et l'opérateur ne cherchent à tirer aucun parti de leur action - personnel ni institutionnels. Cela suppose enfin de respecter la confidentia-lité des résultats, aussi longtemps qu'ils ne sont pas avalisés et publiés. La conduite de l'opérateur est jugée par les responsables; et ce n'est que peu à peu qu'une confiance réciproque vient à s'établir, et qu'une coopération s'instaure.

Au Maroc (mais le cas n'est pas rare), la tâche se compliquait parce que les établissements à visiter avaient des tutelles diverses (ils pouvaient même appar-tenir à des entreprises 6). Il a donc fallu nouer les relations avec des autorités diverses. Le ministère de la Recherche y a puissamment aidé; l'entregent de l'opérateur s'est aussi montré fort efficace. Ici encore, la clarté était de mise.

  • D'où l'importance de choisir des experts sans attaches particulières au Maroc. En outre, par déontologie, l'opérateur n'a voulu d'aucun expert de son propre Institut, l'IRD. Les compétences n'y manquent pourtant pas.

La méthode · 21

Les experts eux-mêmes ont visité les autorités concernées, et si possible leur ont fait en fin de parcours un résumé de leurs observations. Le bénéfice de cette pratique est apparu pour finir: l'Atelier de restitution finale a suscité des participations très diverses, et connu un retentissement important.

Il ne suffit pas d'obtenir la confiance des plus hautes autorités. L'accès véri-table au terrain nécessite aussi qu'une collaboration se construise avec les établissements visités. Il s'agit non seulement qu'ils soient parfaitement informés, assez tôt, de l'opération; mais que celle ci leur laisse des marges de manœuvre, et des initiatives. Au cas présent, les programmes de visite d'expert avaient défini des points de passage obligés (établissements comportant des laboratoires connus pour leur productivité, ou jouant un rôle avéré dans la R & D). Il revenait pourtant à leurs instances directrices de fixer le programme détaillé, d'ajouter à ce programme des laboratoires de leur choix, de faire la part des discussions avec les responsables ou autour des « paillasses ».

Les chercheurs eux mêmes étaient libres de participer ou non aux réunions avec les experts, organisées in situ. Une restitution à chaud était toujours prévue avant départ, surtout si les responsables de l'établissement avaient préféré s'ab-senter des visites de laboratoire, pour leur laisser toute liberté de ton.

Il revient sur place aux experts de montrer leur intérêt pour l'activité des « enquêtés », pour leur vocation, leurs valeurs, leurs projets. L'authenticité de cet intérêt est aisément perceptible. Il leur faut aussi montrer qu'ils ont à cœur l'amélioration du système. La tournure prise par les échanges, passionnés et constructifs à ce sujet en nombre de laboratoires, le débat poussé jusqu'à la discussion des thèmes de recherche ont fait sentir l'engagement désintéressé des évaluateurs.

Pour se créer, la confiance demande temps et constance. C'est pourquoi la durée de l'évaluation a été un atout (9 mois). Le degré de confiance construit a transparu dans « l'Atelier national » de restitution, où responsables et cher-cheurs invités sont intervenus sans détours. Cette confiance doit beaucoup au comportement des experts: elle reflète la reconnaissance de leurs compétences

(qui doit être incontestable), et celle de leurs qualités humaines.

2.3. Les vertusdu face à face

L'évaluation d'un système échoue si elle apparaît comme jugement. Aussi sa procédure ne doit elle en aucun cas rappeler celle routinière des évaluations de chercheurs ou de laboratoires; ni se confier à de mêmes instances. Elle ne peut pas s'effectuer simplement « sur dossiers », Elledoit se confronter aux situations concrètes, aux personnes de chair et d'os. Il lui faut pénétrer le sens donné à

  • Leur visite n'était pas prévue au départ. Mais la question des applications de la recherche, et des réalisations de R & D était trop importante pour qu'on ne s'y attache pas. La bonne entente (ministère et opérateur) construite avec l'originale Association « R & D Maroc », fondée par d'importants industriels, a permis d'ouvrir les portes.

22 · Ladémarche de l'évaluation

l'activité, les intérêts [« purs» ou « impurs») qui y sont investis. Les conditions d'exercice de la pensée en fixent limites et pouvoirs: il faut les éprouver.

C'est pourquoi les visites sur site sont indispensables; et les rencontres face à face, irremplaçables. Les experts doivent à cette occasion savoir s'étonner, et faire montre d'un regard rapide et sûr. Sans cette connaissance de terrain (celle des conditions de production, et des dispositions des acteurs) il n'est pas de compréhension du « système», de son fonctionnement et de ses possibles évolutions.

1.4. La technicité

Les parties prenantes ont toutes leur expérience du système de recherche, de ses points forts, de ses dysfonctionnements. Chacun s'imagine expert en la matière, et se fait fort d'enquêter sur le sujet. Mais il faut éviter le piège de l'amateurisme.

En fait, l'évaluation des projets, des programmes, et plus encore des systèmes est maintenant confiée parfois totalement à des spécialistes. C'est le cas en particulier en pays anglo saxons, où une véritable profession est en voie d'être

«charterisée » (agréée pour certifier la «qualité »). La pratique de la Commis-sion européenne est de plus en plus de combiner panels d'experts et cabinets de spécialistes.

Des outils précis se sont développés. Les praticiens de l'évaluation forment une petite communauté qui se rencontre, confronte les instruments, perfec-tionne leur technique, définit leur validité et leurs limites d'application. L'art est ensuite de combiner ces outils de manière adaptée à une situation. Encore faut il les maîtriser.

Les connaisseurs des sciences humaines et sociales savent que la technique de l'interview, ou celle du questionnaire font l'objet d'une littérature métho-dologique importante, et sans cesse remaniée. Les statisticiens savent que l'échantillonnage ne s'improvise pas, mais repose sur des théories et des pratiques très codifiées. La «scientornétrie » (dont la bibliométrie fait partie) est devenue une véritable discipline, avec ses théories, ses congrès, ses revues.

Il revient à l'opérateur de maîtriser ces outils, et de faire valoir les règles de la méthode garantissant leur bon emploi. Il lui faut aussi faire preuve d'ima-gination, pour les choisir opportunément, et les adapter à la situation. Dans les paragraphes suivants, nous exposerons les outils adoptés, et la procédure d'ensemble.

  • La procédure suivie

L'évaluation s'est effectuée en trois étapes:

  • La construction d'un état des lieux ;
  • L'évaluation in situ, par une vingtaine d'experts européens;
  • Et la restitution, dans un Atelier national de grande ampleur.

La méthode · 23

L'ensemble du processus s'est étendu sur 18 mois.

Le champ de l'évaluation incluait toutes les disciplines, hors sciences humaines et sociales.

3.1. La construction de l'état des lieuxa reposé sur 3 outils

  • Un descriptif du dispositif existant, doublé d'une histoire des institutions.

Ce document aide l'opérateur à choisir sa combinaison d'outils, et à les adapter au terrain. Il a servi de source d'information préalable aux experts, qui l'ont hautement apprécié: ainsi ne partaient-ils pas naïfs dans l'inconnu 7. C'est le cadrage historique, il faut le souligner, qui donne à ce texte son caractère compréhensif. Il fait parler les organigrammes actuels (qui sinon resteraient obscurs), et consigne les logiques divergentes, qu'on trouve encore à l'œuvre chez les acteurs (par exemple: universités versus instituts nationaux, docteurs versus ingénieurs, etc.).

  • Une analyse bibliométrique de la production [nom] marocaine, publiée dans les 6000 principales revues mondiales au cours des 10 dernières années.

Cette analyse a fourni une vue d'ensemble des capacités installées, et leur détail par lieu et par sous domaine. Ellea permis d'en suivre l'évolution dans le temps, et de les comparer avec celles d'autres pays (notamment sur le continent

Africain).

  • Un questionnaire, adressé par mail à environ trois quarts des laboratoires marocains. Grâce à un remarquable taux de réponses, les résultats permettent d'approcher, dans leur diversité, la composition, le financement, l'équipement, les collaborations, et la production des unités de base; ainsi que leur percep- tion des difficultés et des contraintes à lever.

3.2. L'évaluation proprementdite

L'évaluation proprement dite a été réalisée par une vingtaine [nom]

européens, choisis pour leur compétence, leur expérience, et le fait qu'ils n'étaient en rien partie prenante de coopérations en cours avec le Maroc.

Chacun de ces experts a remis et défendu publiquement un rapport d'évalua-tion (une synthèse a été réalisée par grand domaine, lorsque plusieurs experts en étaient chargés).

3.3. La restitutionest unephase essentielledu processus

Nous ne la considérons pas simplement comme une « bonne pratique ». C'est bien plus une évaluation de l'évaluation: le révélateur du degré d'intéresse-

  • Bien entendu, les experts ont soigneusement préparé leur mission. Ils ont usé de leurs réseaux, et des multiples sources d'information de la communauté [nom] interna- tionale, pour se faire idée de la situation et préparer une «grille» d'interrogations. Mais sans certitudes ni préjugés excessifs.

24 · Ladémarche del'évaluation

ment suscité par la longue intervention dans et autour de la recherche; et la mise à l'épreuve de la perspicacité des diagnostics. C'est un point d'orgue: non pas un point final, mais le possible départ de nouvelles idées et d'un nouvel élan.

L'intérêt de cette confrontation, entre des experts indépendants et les nombreux acteurs qui constituent le champ [nom], est d'offrir à chacun un miroir où il peut se voir tel que l'extérieur le perçoit. Dans le cas du Maroc la portée de l'exercice, et son retentissement, ont reposé sur l'ampleur de la manifestation, et sur le caractère libre et franc du débat qui s'y est ouvert. Un autre chapitre traite plus loin de l'organisation, des conclusions et de la dimen-sion (inhabituelle) de cette restitution 8.

  • État des lieux: les outils

Je reviens plus en détail sur la construction des résultats mis à disposition. J'ai déjà dit qu'aucun instrument n'est suffisant à soi seul.

J'examine l'apport particulier de chacun de ceux utilisés.

4.1. Ledescriptifdes institutions et le cadrage historique

Ce document a le premier été réalisé. C'est un recueil de faits, qui s'étend du répertoire (organisé) des établissements de recherche aux effectifs, aux statuts, aux budgets, aux produits, aux initiatives gouvernementales et aux politiques nationales affichées, dans les domaines d'application de la recherche. La valeur ajoutée tient, nous l'avons dit, à l'étude historique qui éclaire ces données: elle balise le parcours qui conduit à la situation présente, et qui la modèle en partie.

Une bibliographie abondante, un répertoire des sources, de nombreux tableaux et annexes font de ce document une référence. C'est le produit d'un beau travail de recherche, entamé de longue date par Mina Kleiche Dray 9.

4.2. Le cadrage cc blbliométrique»

Cet outil présente de nombreux avantages. Il donne une vue d'ensemble du champ [nom] Il se prête aux comparaisons internationales. Il est centré sur les outputs (la production [nom]), et non sur les inputs (budgets, équi-pements, personnel... qui ne disent rien de la productivité et de l'efficacité).

  • Voir chapitre « Le rôle du ministère» (qui a conçu, organisé et pris en charge l'événe- ment), par Ilham Laaziz.
  • La présentation et l'interprétation de ce riche matériau a fait l'objet de plusieurs publi- cations. dont M. Kleiche, 2003, From Generation to Cultivation by the State : Progress of Moroccan Scientific Research, in Science, Technology and Society, 8 (2), 283-316, et M. Kleiche (2002), La recherche [nom] au Maroc. in Eétat des sciences en Afrique.

Paris: !RD (accès libre en plein texte sur: www/ird/fr/frlscience/dss/sciences_afrique).

La méthode · 25

De quoi s'agit il? Le principe est simple. Il existe quelques grandes bases bibliographiques internationales, destinées à informer les chercheurs sur ce qui leur importe et qui vient de paraître. Ces bases dépouillent en temps réel plusieurs milliers de revues (6 à 8000, les « meilleures du monde ») en consi-gnant pour chaque article publié ses auteurs, leur adresse institutionnelle, les date, lieu, langue de publication, le titre, les mots clé, un résumé, parfois le sous-domaine [nom] très précis dont il relève, parfois les références qu'il cite.

Nous avons choisi deux des bases généralistes majeures (toutes disciplines, hors sciences humaines et sociales) : le SCI américain, et la base Pascal euro-péenne. Au lieu de les utiliser de façon prospective (quoi de neuf?) nous les avons employées de façon rétrospective. Nous avons enregistré la totalité des notices rendant compte des articles publiés en 10 ans, par les auteurs qui décla-rent une affiliation institutionnelle au Maroc. En créant des algorithmes appro-priés 10 (travail important, mais disponible pour longtemps, sans grands réaménagements, et qui peut être transféré à un observatoire marocain), il est alors possible de construire le panorama de la production nationale influente, de ses principaux sites (par ville, par institution, par laboratoire), de son évolu-tion dans chaque spécialité (100 sous domaines distingués), de ses grands auteurs, de ses coopérations, de ses stratégies de publication...

Les données bibliométriques ont rendu de nombreux services. Elles ont notamment permis:

d'apprécier le volume de chercheurs «actifs» (de l'ordre de 4 000, bien en deçà du «potentiel théorique» : environ 16000, si l'on compte tous les « enseignants chercheurs » ; il reste donc une marge de progression pour la recherche marocaine);

d'évaluer le nombre des équipes ou laboratoires qui signent des articles

(environ 800) ; et surtout de les identifier (ces entités n'ayant pas d'existence

(officielle) ;

en l'absence d'autres données sur la productivité des laboratoires, elles ont aussi permis de choisir les sites à faire visiter aux experts (par principe: ceux où les publications sont les plus régulières et nombreuses);

enfin de produire une première analyse du système, dont l'essentiel est publié ci-après.

  • Il s'agissait de mettre au point une «microbibliométrie» utile au Maroc (en place des macro-indicateurs, servant à comparer entre elles des puissances [nom]). Il a fallu trouver des stratégies pour identifier et coder les villes, les institutions et les labo- ratoires marocains; et pour agréger les sujets ultra fins distingués par la classification

[nom], afin de construire des sous domaines où le pays apporte effectivement contribution. Les décomptes ont été réalisés par périodes de 5 ans, permettant d'ob-tenir des scores significatifs.

26 · Ladémarchede l'évaluation

L'usage de la bibliométrie a beaucoup impressionné au Maroc. On doit certes en discuter la portée (infra). Mais avec ses limites, elle apporte aux responsa-bles de politiques [nom] des données pertinentes et une aide appré-ciable:

  • elle offre une vue d'ensemble;
  • elle fait ressortir les traits marquants (c'est un paysage «en relief »}:
  • elle permet d'identifier points forts et compétences rares;
  • elle permet des comparaisons dans le temps;
  • elle permet des comparaisons avec d'autres pays;
  • elle permet de construire des indicateurs.

Avec de légers ajustements de codage, l'outil se remet à jour chaque année

(réactualisation de la base bibliographique, sur abonnement).

C'est un bon instrument pour tenir un tableau de bord.

4.3. Lequestionnaire

Le questionnaire adressé par mail aux laboratoires avait pour objectif de « cadrer» un certain nombre d'observations des experts, au cas où l'échantillon des laboratoires visités par leurs soins serait trop petit. Il a permis en fait de confronter les deux sources de renseignement, et d'apporter d'intéressantes précisions, notamment sur les ressources mises en œuvre.

Soigneusement élaboré, par une équipe très expérimentée, le questionnaire devait être adressé à un tiers des laboratoires marocains. Par un effort de gestion supplémentaire, il a décidé de viser leur ensemble (environ 800 unités).

Mais ce qui paraissait simple s'est avéré difficile: trouver les adresses des laboratoires (e-mail compris). Il n'existait alors en effet aucun répertoire à jour des équipes de recherche; les plaquettes institutionnelles ne les mentionnaient guère; et les pages internet, quand elles existaient, n'y renvoyaient pas. Ceci est signifiant: les laboratoires n'avaient pas encore d'existence officielle, pas de budget régulier; partant ils n'étaient tenus à aucun compte rendu, aucune évalua-tion, et restaient sans visibilité pour des partenaires, y compris marocains.

Conscient de la difficulté, le ministère a lancé un appel aux présidents d'uni-versité, et aux directeurs des principales écoles ou instituts de recherche. Grâce à cette intervention, réitérée, des listes ont pu être établies. Les informations ont été croisées avec les données bibliométriques, les mini rapports de labo-ratoire remis aux experts lors de leurs visites, et les compléments de rensei-gnement demandés à des connaissances de terrain (lorsque certaines adresses, mail en particulier, se révélaient inappropriées). Pour finir,après quatre relances, le questionnaire a donné lieu à 500 réponses exploitables (ce qui est un excel-lent score, car il nécessitait près d'une heure pour être soigneusement rempli).

Et les informations recueillies ont nourri une base d'adresses maintenant à disposition, qu'il vaudrait de perfectionner et de tenir à jour.

Laméthode · 27

Cette persévérance a eu sa récompense. Les résultats obtenus ont le mérite d'être établis sur un vaste échantillon d'unités de recherche. Ils fixent des ordres de grandeur fiables. Et ils ont l'intérêt d'être parfois inattendus 11.

Ils portent en particulier sur:

  • la taille des laboratoires (y compris doctorants);
  • les budgets (fournis par les établissements ou tirés de contrats);
  • les collaborations extérieures (internationales; nationales, y compris avec le secteur privé) ;
  • l'équipement, la maintenance, la documentation;
  • la valorisation des résultats.
  • Les expertises

L'évaluation proprement dite est revenue à une vingtaine d'experts euro-péens, assistés d'autant d'experts marocains. Les experts européens couvraient à eux tous l'ensemble des disciplines. Il était demandé à chacun de visiter un choix de laboratoires, et de faire rapport sur ses observations: état des labo-ratoires, intérêt des sujets abordés, structuration... ; mais aussi aspirations, interrogations et projets des chercheurs, rencontrés lors des réunions organi-sées sur site.

La réussite d'une action de ce genre repose sur la qualité des experts. Leur choix a été minutieux. Il fallait qu'ils fussent de haut niveau académique. On a souhaité qu'ils aient aussi l'expérience de l'organisation et de l'évaluation [nom] Par principe, nous n'avons pas recouru à des familiers du Maroc: tous ne venaient pas pour la première fois dans un pays de la Méditerranée; mais aucun n'avait ici d'intérêt ni de projet proche.

Le nombre d'experts étant limité, et le champ à couvrir celui total des sciences, il nous fallait viser des évaluateurs aux vastes compétences. Or, plus les [nom] sont savants, plus ils sont pointus. Il faut véritablement atteindre au « plus haut niveau» pour trouver des experts à la fois incontour-nables, et capables de couvrir un champ large. Autre difficulté: rares sont les chercheurs à la fois de grande notoriété académique, et versés dans l'applica-tion. Pour identifier des profils aussi rares, il a fallu l'intercession d'académies des sciences (française en particulier), et le recours à des réseaux communau-taires. Il s'est ensuite agi de convaincre ces personnes, fort chargées, de prendre part à l'opération.

Autre condition de réussite: le choix des sites à visiter. Lorsqu'on dispose d'experts au temps limité, mieux vaut les conduire là où il yale plus à voir.

Grâce à la bibliométrie, nous avons identifié les laboratoires les plus produc-tifs, dans chaque sous domaine à inventorier (subdivision en 100 champs scien-

  • Voir ultérieurement dans la deuxième partie, le chapitre d'A.-M & J. Gaillard sur l'enquête électronique auprès des laboratoires.

28 · Ladémarche del'évaluation

tifiques). Et nous avons bâti les itinéraires en fonction de cette donnée. Nous avons ajouté au besoin la visite de grandes institutions de recherche appliquée

(cette dernière étant sous estimée par les bases bibliographiques classiques) ;

et nous avons ménagé des rencontres à niveau ministériel, régional et dans le secteur privé, avec les responsables techniques, utilisateurs ou opérateurs de R & D et clients potentiels.

Point majeur: le projet d'évaluation a été bien à l'avance annoncé, décrit, présenté, débattu avec les responsables des établissements concernés et leurs différentes tutelles. Le programme des visites, les CV d'experts ont été adressés en temps utile aux centres et facultés choisis, avec licence pour chacun de mobiliser s'il le souhaitait des laboratoires supplémentaires et liberté pour chaque unité retenue d'être visitée ou non. Cette minutieuse préparation, remarquablement diligentée par le ministère de la Recherche, a permis que les experts puissent accéder à tous sites d'intérêt. Sur place, l'accueil réservé par les établissements a toujours été zélé, et celui des chercheurs actifs chaleureux.

Les discussions ont été d'une grande franchise, et les visites animées.

Un expert marocain du domaine, choisi par le ministère parmi les plus notoires, accompagnait chaque expert européen 12. Un membre de l'équipe

IRD s'est toujours joint au groupe, pour expliciter l'architecture de l'opération et s'intéresser aux aspects institutionnels de la recherche.

L'intervention amicale de « l'Association R & D Maroc », créée par de grands industriels du pays pour promouvoir la recherche et l'innovation, a permis en outre d'ajouter au programme la visite des principaux centres privés de R & D du pays; et d'aménager des échanges de vue entre experts et responsables de la profession: besoins et usages de la recherche, pertinence des travaux locaux, communication entre milieux industriels et universitaires.

J'étais moi-même d'abord un peu sceptique, sur les résultats à attendre de ces visites de sites. Or la méthode s'est révélée parfaitement adaptée à la taille de la communauté [nom] marocaine. La vingtaine d'experts mobilisés a parcouru quelque 50 000 km, visité 13 des 14 universités, l'essentiel des Instituts de recherche et des écoles d'ingénieurs, et plusieurs des sociétés (serni-publiques ou privées) réalisant de la R & D. Sur les quelque 800 « laboratoires» identifiés dans le pays, 400 ont été visités. Ils ont construit pour les experts un descriptif inédit de leurs activités. Environ 1 500 chercheurs ont assisté aux réunions organisées sur site, soit, peut on penser, un tiers à moitié des natio-naux actuellement actifs en recherche.

Une telle investigation ne relève pas du simple échantillonnage. Les distances à parcourir n'ont certes pas permis que soient visités tous les bons laboratoires

  • S'agissant d'une évaluation externe, il est évident qu'il n'avait pas à intervenir in situ, ni à participer à la rédaction des rapports: ceux ci ont été entièrement et librement rédigés par les seuls experts européens.

Laméthode · 29

du pays. En chaque lieu, un certain nombre seulement des unités visitées l'ont été de façon très approfondie. Néanmoins, l'information collectée constitue un corpus. La compétence des experts choisis leur a permis de saisir très rapide-ment en chaque lieu la portée pratique et le positionnement [nom] des sujets traités - mondial ou « provincial» ; elle leur a permis d'évaluer les limites imposées à l'activité par le niveau de l'équipement, ou de la documentation.

Leurs qualités humaines ont aussi fait que partout se sont amorcées des confes-sions, et des réflexions animées sur l'état du milieu et les projets envisageables.

L'opération a été ressentie comme un signe de considération de la part du gouver-nement, et comme une marque de véritable intérêt de la part du ministère.

  • L'atelier national de la recherche

Les experts ont ensuite mûrement rédigé des rapports, défendus et présentés lors de l'Atelier national.

C'est le ministère de la Recherche qui a voulu un Atelier de restitution de grande ampleur (400 participants, représentant toutes les sortes d'intéressés).

C'est lui qui a souhaité qu'y soient traitées, librement, toutes les questions ressenties comme sensibles.

Un chapitre y est consacré plus loin. Je n'entre pas ici dans le détail de son organisation (minutieuse et complexe) 13. Je me contente de quelques commen-taires sur cette opération cruciale, qui élargit et teste l'appropriation de l'éva-luation par les parties intéressées.

  • 1. La décision

Le contrat initial de l'évaluation stipulait qu'un atelier de restitution serait fina-lement organisé; mais sans en préciser la nature et l'ampleur. C'est le ministre marocain de la Recherche qui a opté pour une manifestation importante, sur proposition de l'opérateur et malgré les réserves de la Commission européenne.

Les fonctionnaires en charge de la Commission craignaient d'abord que les délais courts d'organisation (trois mois) et la tournure de l'événement (débats confus ou convenus) ne rendent pas justice à une opération qu'ils présentaient comme modèle. Elle devait justifier la signature d'un accord de coopération entre l'Europe et le Maroc en matière de recherche - une première pour les pays du sud méditerranéen. C'était prendre un risque d'en présenter « en direct» la réception au Commissaire en personne, dont l'événement appelle-rait le

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